Fortes chaleurs : protéger les équipes de santé en 8 actions
Fortes chaleurs : huit actions concrètes pour protéger les professionnels des établissements de santé et médico-sociaux et organiser la continuité d’activité.
8/13/20265 min read


Les épisodes de chaleur intense ne concernent pas seulement le confort des patients et des résidents. Ils exposent aussi les professionnels à la déshydratation, aux malaises, à la baisse de vigilance et aux accidents du travail. Après un épisode exceptionnel en juin 2026, Santé publique France a estimé un excès de mortalité toutes causes particulièrement important. Dans le même temps, l’INRS a publié de nouvelles fiches pratiques pour aider les employeurs à transformer leurs obligations en mesures opérationnelles.
Pourquoi les établissements doivent revoir leur préparation
L’épisode de canicule du 17 juin au 2 juillet 2026 a concerné 92 départements, soit 98,5 % de la population hexagonale. Santé publique France souligne sa précocité, son intensité et sa durée. Les personnes âgées de 75 ans et plus ont représenté les deux tiers de l’excès de décès provisoirement estimé, tandis que les décès ont augmenté à domicile, en établissement hospitalier et en Ehpad ou maison de retraite. Ces résultats ne permettent pas d’attribuer chaque décès directement à la chaleur, car ils portent sur la mortalité toutes causes, mais ils montrent l’ampleur de la tension sanitaire et la nécessité d’anticiper.
Un cadre réglementaire applicable aussi au travail en intérieur
Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail prévoit des mesures spécifiques lorsque les niveaux jaune, orange ou rouge de la vigilance canicule de Météo-France sont activés. Le risque doit être évalué pour les activités réalisées à l’extérieur comme à l’intérieur. Un établissement doit donc examiner les postes exposés dans les chambres, couloirs, cuisines, blanchisseries, véhicules, locaux techniques ou domiciles visités. Les mesures doivent être adaptées à l’intensification de la chaleur et aux travailleurs particulièrement vulnérables, avec l’appui possible du service de prévention et de santé au travail.
Action 1 : mettre à jour le DUERP et cartographier les postes
L’INRS rappelle que le risque chaleur doit être intégré au document unique d’évaluation des risques professionnels. La cartographie ne doit pas se limiter à la température moyenne du bâtiment. Elle doit repérer les locaux accumulant la chaleur, les expositions solaires, les tâches physiques, le port d’équipements, les déplacements, le travail isolé, les horaires et les difficultés d’accès à l’eau ou aux pauses. Associez les représentants du personnel, les équipes de terrain et le service de prévention : ils identifient souvent des contraintes invisibles dans les plans techniques.
Action 2 : définir des seuils de déclenchement lisibles
Le dispositif doit indiquer qui consulte la vigilance Météo-France, à quelle fréquence et qui décide du passage aux mesures renforcées. Chaque niveau peut être associé à une fiche réflexe : information des équipes, vérification des stocks d’eau, suivi des locaux sensibles, renforcement des pauses, adaptation des tournées et organisation des remplacements. En vigilance rouge, l’évaluation doit être réactualisée quotidiennement. Une chaîne d’alerte courte et connue évite les consignes contradictoires entre direction, encadrement, services techniques et équipes.
Action 3 : adapter réellement l’organisation du travail
Le Code du travail cite l’adaptation des horaires, la limitation de la durée et de l’intensité de l’exposition ainsi que les périodes de repos. Dans un établissement, cela peut conduire à déplacer certaines tâches physiques vers les heures les plus fraîches, organiser des rotations, limiter les déplacements non urgents ou ajuster les tournées à domicile. Il faut toutefois préserver la continuité et la sécurité des soins. Une mesure générale ne suffit pas : l’encadrement doit disposer d’une marge de décision et de solutions de remplacement compatibles avec les besoins des patients et résidents.
Action 4 : sécuriser l’eau, les pauses et les espaces de récupération
En épisode de chaleur intense, l’employeur doit fournir une quantité suffisante d’eau potable fraîche et prévoir un moyen de la maintenir au frais à proximité des postes. Vérifiez les fontaines, points d’eau, stocks, contenants et accès pour les équipes mobiles. Identifiez aussi des espaces de récupération thermiquement confortables. Les pauses doivent être réalisables dans l’activité réelle : une consigne sans remplacement ni organisation des relais risque de rester théorique, notamment dans les unités en tension.
Action 5 : réduire la chaleur à la source
Les protections solaires, stores, films adaptés, ventilation aux heures fraîches, fermeture des ouvrants aux heures chaudes et limitation des équipements produisant de la chaleur peuvent réduire l’exposition. Les solutions doivent être coordonnées avec les règles d’hygiène, de sécurité et de qualité de l’air. Les ventilateurs, par exemple, ne doivent pas être utilisés de manière automatique sans examiner le contexte de soins. Les services techniques doivent hiérarchiser les zones prioritaires, tracer les dysfonctionnements et prévoir des solutions de repli.
Action 6 : repérer les professionnels les plus exposés
Le risque varie selon la tâche, l’environnement, l’équipement et la situation individuelle. Sans collecter d’informations médicales qui ne relèvent pas de l’encadrement, l’établissement doit rappeler les possibilités de solliciter le service de prévention et de santé au travail. Une vigilance particulière est utile pour le travail isolé, les nouveaux arrivants, les intérimaires, les agents en extérieur et les professionnels réalisant des efforts physiques. Les règles de signalement doivent protéger la confidentialité et éviter toute stigmatisation.
Action 7 : former aux signes d’alerte et à la conduite à tenir
L’information et la formation des travailleurs font explicitement partie des mesures prévues par l’article R. 4463-3 du Code du travail. Une séquence courte doit apprendre à reconnaître crampes, fatigue inhabituelle, maux de tête, vertiges, confusion ou perte de connaissance, et préciser qui alerter. L’objectif n’est pas de transformer chaque salarié en diagnosticien, mais de réduire le délai de réaction. Des mises en situation peuvent tester l’appel interne, les premiers gestes, la transmission des informations et l’accès aux secours. Cette préparation complète utilement les compétences acquises en formation SST et dans les formations AFGSU.
Action 8 : tester la continuité d’activité avant le prochain épisode
Le ministère de la Santé a activé en juin 2026 la phase 3 du plan ORSAN EPI-CLIM, qui organise la mobilisation coordonnée de l’offre sanitaire et médico-sociale face aux phénomènes climatiques exceptionnels. À l’échelle d’un établissement, un exercice sur table peut simuler plusieurs pannes simultanées : locaux surchauffés, absentéisme, afflux de patients, rupture d’un équipement ou difficulté de transport. Le débriefing doit produire des actions datées, attribuées et intégrées aux plans existants, notamment au plan de gestion des tensions ou au plan bleu selon le type de structure.
Une checklist opérationnelle pour l’encadrement
Avant l’épisode, contrôlez le DUERP, les fiches réflexes, les moyens techniques, les points d’eau et les listes de contacts. Pendant l’épisode, suivez les alertes, les températures des zones sensibles, les incidents, les absences et la charge de travail. Après l’épisode, organisez un retour d’expérience avec les équipes et mettez à jour les mesures. Les ressources officielles à mobiliser sont les fiches pratiques INRS de juillet 2026, la page INRS sur la réglementation du travail à la chaleur, l’article R. 4463-3 du Code du travail et le bilan sanitaire de Santé publique France.
Conclusion : faire de la prévention un réflexe collectif
La prévention des fortes chaleurs repose autant sur l’organisation que sur les équipements. Elle devient efficace lorsque chacun connaît les seuils, les signes d’alerte, les décisions possibles et la personne à contacter. Pour renforcer cette culture, découvrez aussi nos engagements pédagogiques ou contactez MVR Formations Santé. Cet article présente des repères de prévention et ne remplace pas l’analyse réglementaire, médicale ou technique adaptée à chaque établissement.
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